Connaissance de Arts Photo 26

La photographie face aux extêmes – texte Guillaume Morel

“C'est une exposition variée, qui n'a paspour objectif de choquer, même si certaines photographies sont dures, comme les clichês médicaux de chirurgie dentaire du doc-
teur T. Ce sont des images fortes, mais pás provocatrices”, souligne Jean-Luc Monterosso. Il a tenu, par exemple, à présenter un travail peu connu de Rogério Reis
intitulé Train Surfers (1990), une série qui montre des jeunes adolescents se lançant le défi de réaliser les figures lês plus incroyables sur le toit d'un train en marche, entre São Paolo et Rio de Janeiro. Un jeu absurde qui a tourné au drame, aucun de ces enfants n'ayant survécu.
D'autres photographies encore déstabiliseront certainement le public, à l'instar du Baiser de Joel Peter Witkins, une vision étrange aux frontières du surréalisme. “ Cette image est une rareté de notre collection, explique le directeur de l'instirution. Trois tirages seulement existent, et le négatif est aujourd'hui perdu.”
Certaines ceuvres sont quant à elles totalement inédites, produites spécialement pour l’événement. Grâce à l'aide de l'association des Amis de Ia Maison européenne de la photographic des travaux ont pu être commandés à Alain Volut, photographe français travaillant sur l'ombre, et à Claudia Jaguaribe.
Cette derniére compte parmi les artistes brésiliens sélectionnés par Milton Guran. Par son regard extérieur, le commissaire invité propose de belles découvertes. “Certains auteurs brésiliens font partie depuis longtemps de la collection parisienne, comme Miguel Rio Branco, Sebastião Salgado, Alberto Ferreira et Vik Muniz. Peu de gens connaissent en revanche les travaux de Claudia Jaguaribe, de Rogério Reis, de Claudia Andujar ou de Rodrigo Braga. Leur travail renforce La représentation des extrêmes de la vie urbaine, de la transcendance spirituelle, de la recherche de soi-même mais aussi de La relation avec la nature” explique Milton Guran. “Ma présence dans cette exposition porte la photogmphie brésilienne au centre du débat, parce que le Brésil est un pays qui est né de situations extrêmes et vit, de manière permanente, avec ses propres limites, qui font partie de sa condition historique. De son cote, Jean-Luc Monterosso connaît bien celte photographie, qui est remarquablement représentée à la MEP.” Un double regard et deux sensibilités, à l'origine d'un accrochage qui réunit les plus grands noms de la photographie contemporaine des quatre coins du monde, et offre au public une belle occasion de découvrir les richesses insoupçonnées d'un fonds constitué au fil des trente dernières années.